lundi 21 mai 2018

Les fleurs ne saignent pas

Les fleurs ne saignent pas
Las flores no sangran
Alexis Ravelo
Mirobole éditions, 2016
Traduit par Amandine Py



Les Canaries...Soleil, plages, tout ça...
A oublier! 
Parce que ce roman va se révéler bien noir.
Prenons Diego le Marquis, sa copine Lola, leurs amis Paco le Sauvage et Le Foncedé. Ils vivotent de petits larcins, d'arnaques et autres. Rien de bien méchant, sauf pour leurs victimes.
D'un autre côté, il y a des riches, don Isidro Padron, ne regardant pas de trop près à l'origine de l'argent. Sale, quand c'est la mafia russe, et arrangements avec les politiciens du coin.
Voilà que, convaincus par le chauffeur d'Isidro Padron, la bande décide d'enlever Diana, fille chérie d'Isidro, contre rançon bien sûr.
Dès le début on le sait, il y aura du cadavre.

Une jolie bande de branquignols à la Dortmunder, des projets au-delà de leurs habitudes et capacités semble-t-il, voilà qui réjouit -au départ- surtout que l'on sent bien que, selon les règles du genre, ça ne va pas marcher comme prévu. Gagné! Un découpage efficace conduit le lecteur dans une histoire qui finalement va lui laisser un goût amer. J'ai beaucoup aimé, cela dit.

Les avis de nyctalopes, cafardsathome

Merci ma bibli.

Toujours le  challenge de Philippe

vendredi 18 mai 2018

Un siècle américain : Nos premiers jours / Nos révolutions / Golden age

Auteur de la trilogie intitulée Un siècle américain, Jane Smiley était présente au festival America 2016. J'en ai donc profité pour acquérir le tome 1 (paru en 2016 chez Rivages), le tome 2 (à paraître en 2018 chez Rivages) et le tome 3. Le tout en VO. Dans les 2000 pages en tout. (Voilà voilà)


Nos premiers jours
Some Luck
Jane Smiley
Rivages, 2016
Traduit par Carine Chichereau
Parution en poche mai 2018


L'idée, simple, mais il fallait y penser, et avoir du talent pour ne pas lasser, c'est : "une année, un chapitre", de 1920 à 1953, aux Etats Unis. Rosanna et Walter Langdon sont jeunes mariés et fermiers dans l'Iowa. Au départ, ni eau ni électricité, les chevaux  tirent carrioles et charrues, la vie est rude mais pas déplaisante. Le cercle familial est soudé et jamais loin, l'on vit quasiment en autarcie. Rosanna accouche à la ferme, sauf de la petite dernière en 1939. Au travers de l'histoire des Langdon défile celle de nombreux américains ruraux, avec l'arrivée du progrès : automobile, tracteur, salle de bains à la maison, recherche des meilleurs rendements dans les champs.

L'on peut penser qu'il ne se passe rien d'exceptionnel et on aura raison, mais c'est le plaisir de ce roman, c'est reposant de suivre les personnages sur des décennies sans que l'auteur ressente le besoin d'ajouter violence et drame. Oui, des deuils, parfois douloureux, des départs quand les enfants vont étudier et vivre ailleurs. Mais la tribu se retrouve souvent dans la ferme d'origine.

Des très beaux passages où le monde est décrit à hauteur (si l'on peut dire) de bébé. Une façon simple aussi et efficace de présenter l'évolution des soins aux bébés (allaitement/biberon, horaires stricts ou pas). Il faut aussi réaliser que tous les enfants auront l'occasion de poursuivre des études longues, même si l'un des fils choisira de reprendre la ferme.

Le monde continue aussi à tourner, l'un des fils participe en Europe à la seconde guerre mondiale; c'est la guerre froide ensuite, Staline est l'ennemi; les grandes sécheresses des années 30 touchent la ferme.

Les avis de clara, cathulu,

Nos révolutions
Early Warning, 2015
Jane Smiley
Rivages, 2018
Traduit par Carine Chichereau

C'est reparti, de 1953 à 1986. Cette fois les enfants Langdon s'installent à l'est ou l'ouest des Etats Unis, une nouvelle génération naît.
Important : un arbre généalogique est fourni dans les premières pages, mais sans dates de décès (!) et sans spoiler, ouf, très utile pour les petites cervelles. Cependant Jane Smiley a le chic pour qu'on ne s'y perde pas dans les personnages, et toujours pour se glisser dans la tête de l'un ou de l'autre.

Dans ce volume : la peur de la bombe atomique, la guerre du Vietnam, le drame du Guyana, et l'émergence du SIDA, l'évolution de l'agriculture, mais sans appuyer, et lorsqu'ils touchent un personnage.
Les femmes découvrent la pilule. Une fille Langdon divorce. Les jumeaux ne peuvent se supporter, et ça va loin. Mais qui est Charlie?
La ferme de l'Iowa sera-t-elle reprise par un membre de la famille?

Ce deuxième volume, sans doute plus varié, a été très agréable à lire et parfois émouvant. Certains personnages sont plus étoffés, et je continue vers le tome 3!

Question : enchaîner les lectures, oui ou non? Pour ma part j'ai lu sans m'arrêter (deux chapitres par jour, ce qui permet de lire d'autres livres en parallèle), c'est mieux pour ne pas s'y perdre. Raison aussi pour laquelle j'ai acquis la trilogie une fois terminée. Mais l'arbre généalogique permet de s'y retrouver.

Les avis de cathulu,

Un jour le tome 3 et dernier sera traduit, j'en parle donc rapidement.

Golden age
Jane Smiley
Picador, 2015

L'arbre généalogique s'étoffe, permettant de répondre à la question "heu c'est qui celui-là déjà?", mais en fait la lecture se passe bien. Les années s'écoulent, de 1987 à 2019 (!). j'attendais l'auteur sur ces années 'du futur proche', elle s'est bien gardée de donner le nom du président des Etats Unis (juste qu'il est républicain). Le dérèglement climatique s'accélère vraiment beaucoup, rendant certaines zones du pays pratiquement inhabitables (ouragans, sécheresses, violence et pauvreté)

Au fils du temps les relations entre certains personnages se sont apaisées, quitte à maintenir un petit éloignement. J'ai bien aimé Andy, finalement, traversant le siècle, quant aux jumeaux Richie et Michaël, avec eux le flou demeure.

Passer d'un personnage à l'autre pouvait se révéler risqué, mais à chaque fois l'intérêt rebondit, permettant (pour moi en tout cas) de me sortir de brumeuses allusions à l'histoire politique américaine, heureusement peu fréquentes. J'aurais sans doute aimé en savoir plus sur certains personnages, mais c'est le jeu dans ce type de saga. Ajoutons que Jane Smiley peut manier humour et émotion, mais sans en faire des tonnes (ouf)

mercredi 16 mai 2018

L'amour après

L'amour après
Marceline Loridan-Ivens
avec Judith Perrignon
Grasset, 2018


L'amour après quoi? (pour ceux qui ne connaissent pas (encore) l'auteur). Hé bien, les camps. Non, ne fuyez pas, c'est encore un livre formidable et incontournable que nous offre Marceline Loridan-Ivens.

"Il n'y eut, après les camps, plus aucun donneur d'ordres dans ma vie."

Un jour elle ouvre une valise rangée chez elle, et cinquante ans après retrouve des lettres d'amis, d'amants, de son premier mari. Les souvenirs défilent pour nous lecteurs. On sent une femme droite dans ses bottes, décidée à vivre à 200 à l'heure, sans langue de bois. Ne pas s'attendre à des révélations trop intimes." Il m'a fallu du temps pour comprendre que le plaisir vient du fantasme, puis de l'abandon. J'avais peur de l'abandon, c'était l'une des pires choses au camp, se relâcher, abandonner la lutte de chaque jour, flirter avec volupté vers l'idée que tout vous est égal, et devenir une loque qui n'attend plus que la mise à mort". Elle nous parle aussi avec émotion de Simone (Veil), d'ailleurs elle est restée en contact plus ou moins rapproché avec les jeunes femmes connues 'là-bas'.
C'est du franco, à prendre comme elle est. Même l'amour vécu avec Joris Ivens sera non conventionnel.

Les avis de Sans connivence, Eva,

et toujours le challenge de Philippe

lundi 14 mai 2018

Le miel du lion

Le miel du lion
Honey from the lion
Matthew Neill Null
Albin Michel, Terres d'Amérique, 2018
Traduit par Bruno Boudard

Tout démarre au cours de la guerre de Sécession, quand trois jeunes hommes, dénommés Les Absentéistes, découvrent la splendeur des forêts des  Appalaches, mais juste pour comprendre le potentiel en dollars et lancer leur entreprise qui, dans les décennies suivantes, va systématiquement déboiser le coin.

Pour cela, il faut des bûcherons, costauds et mal payés, c'est encore mieux. En 1904, cela ne manque pas, mais la révolte gronde contre les conditions de travail. Un syndicat s'organise, de la dynamite est récupérée, des réunions se tiennent, mais la compagnie a des indicateurs et un traître parmi les ouvriers.
L'un de ces "Loups de la forêt" ne nomme Cur, il a fui la ferme parentale pour des raisons que l'on découvrira, ce n'est pas un meneur, plutôt un mené, mais c'est un héros fort humain.

Matthew Neill Null, dont c'est le premier roman (mâtin ces américains sont forts), réussit à sidérer son lecteur -et sa lectrice- avec une histoire fort rude, usant d'une écriture qui parfois m'a fait relire un chouette passage. Mille détails sonnent vrais, le travail dangereux de ces hommes, leur vie dans le camp (mobile) dans la forêt, leur week end à Helena, 'la ville' où ils vont manger -et boire- leur paie. En plus de quelques bûcherons, l'on croise une veuve slovène prenant leur parti, un pasteur méthodiste, un colporteur syrien, et l'on n'oubliera pas Sarah...

Sans que l'on s'y perde, l'on peut passer du présent au futur, avec des échappées sur le destin des personnages, et de la malheureuse forêt, dont seuls quelques hectares échapperont aux prédateurs, et qui sera reboisée plus tard, une fois que la faune aura disparu, et la terre partie dans les cours d'eaux.

Un roman très riche, prenant et âpre. Une épopée des humbles pleine de souffle.

Les petits curieux trouveront l'explication du titre dans le livre des Juges chapitre 14, avec Samson

Merci à Francis G. et Albin Michel

Et le  challenge de Philippe

jeudi 10 mai 2018

Agnès Grey

Agnès Grey
Anne Brontë
Traduction de Ch. Romey et A. Rolet
revue et corrigée par Isabelle Viéville Degeorges
Archipoche, 2018
Paru en 1847


Dans la famille Brontë j'ai déjà lu
Anne Brontë : The tenant of Wildfell Hall
Charlotte Brontë : Villette    Shirley  The Professor
Emily Brontë : Les Hauts de Hurle-Vent

sans parler de Jane Eyre, lu avant blog. On dirait bien que j'ai fait le tour...

Petite dernière de la fratrie, Anne (1820-1849) décide de se prendre en charge, sa famille étant devenue assez pauvre. Elle n'a pas tellement le choix d'une activité et cherche un poste de gouvernante. Le roman, très autobiographique, permettra de connaître les expériences de l'auteur.

Agnès Grey, donc, est la seconde fille d'un couple très soudé, une mère aimante et un père pasteur, sans moyens financiers. La voilà gouvernante et chargée de l'éducation de jeunes chenapans, plutôt mal élevés (ou pas éduqués du tout) par leurs parents de bonne bourgeoisie,  qui attendent tout de Anne, tout en défendant leur progéniture.
Elle doit donc quitter sa place, et finalement s'intéresse à deux jeunes filles de famille plus élevée dans l'échelle sociale, mais guère plus faciles à tenir. Là aussi, des parents peu présents ou aveuglés.
Chaque fois, Anne tente vaillamment et patiemment d'éduquer ses élèves, et corriger leurs mauvais plis, en leur inculquant des valeurs plus dignes.
Environ à la moitié du roman, on s'éloigne de l'autobiographie, puisque la narratrice narre une histoire d'amour toute en retenue et délicatesse, loin de la coquetterie de l'aînée des jeunes filles dont elle a la charge.

Anne n'est pas pour rien la fille d'un pasteur, et comme dans The tenant of Wildfell Hall on ne badine pas avec les valeurs inculquées dans sa jeunesse. Le lecteur pourrait penser qu'il s'y trouve quelques pages un poil bien sérieuses, morales et religieuses, mais c'est présenté avec tact et puis avouons que ça fait vraiment du bien d'avoir des pages élevées spirituellement. D'autant plus que le pasteur principal en charge, lui, est gentiment égratigné. Une histoire de lettre et d'esprit, quoi.
On est aussi plongé au coeur de la vie des jeunes gouvernantes, solitaires, coincées entre leurs patrons et la domesticité, dans cette Angleterre de classes sociales assez étanches.

J'ai dévoré ce joli roman, qui fait du bien, et ensuite j'ai dû trier mes lectures, ne pouvant retomber dans du trop violent et trop égocentrique.

Merci à LP et Archipoche
Les avis de Jackie Brown, nourritures en tout genre,

et toujours le challenge de Philippe