lundi 25 septembre 2017

Sinon j'oublie

Sinon j'oublie
Clémentine Mélois
Grasset, 2017



Je ne me souviens plus du tout pourquoi j'ai noté ce livre dans ma liste à lire, ou plus exactement où j'en ai entendu parler. Le petit carré jaune?

Quatrième de couverture
Depuis plusieurs années, Clémentine Mélois collectionne les listes de commissions trouvées dans la rue. Chaque trouvaille est pour elle prétexte à se raconter une histoire. Qui est l’auteur ? Quels sont ses rêves, ses envies ? À partir d’une sélection de 99 listes (reproduites en image et en couleur), voici un portrait drôle et tendre d’hommes et de femmes qui se confient à la première personne, parlent de leurs vies, de nos vies. Grâce à la fiction, la réalité la plus prosaïque donne lieu à l’imagination la plus poétique.

Je n'ai absolument pas résisté à une telle présentation. Qui n'a pas un jour retrouvé une telle liste au fond de son chariot au supermarché? Qui n'en a pas établi une? Celles de clémentine Mélois ne sont pas forcément récentes (en francs!), on sent la collectionneuse.

Je m'attendais à ce que l'imagination (fertile, je confirme) de l'auteur crée une histoire en lien évident avec la liste présentée, mais non, pas forcément et peu importe. Trois lignes ou une page suffisent à entraîner le lecteur dans une histoire, quel talent! Humour, parfois poésie décalée sont au service de ces narrateurs imaginés (toutes les histoires sont en 'je') que l'on connaît, si, si, on les a tous rencontrés, ces gens là.

Quelques exemples (mais il faut toutes les lire, en grappillant éventuellement)

Christel
Ce matin, dans l'un de ces élans de bravoure qui me caractérisent parfois, prête à affronter l'effroyable vérité, je monte sur la balance. Elle dit 'Batterie faible'. Je l'ai assez bien pris.
J'ai quelques heures pour acheter des piles et perdre dix kilos."

Jérôme
"je ne suis pas le premier à le dire, mais pour draguer il n'y a rien de tel que Monsieur Bricolage. C'est gavé de femmes seules en train de galérer au rayon perceuses. Ça hésite, ça compare et ça ne sait pas quoi choisir. Alors moi, grand prince, je propose d'être leur serviteur. (...)

Enzo
Pour faire un kilo de plumes par rapport à un kilo de plomb, il doit falloir au moins dix kilos. Ou alors il faut les mouiller.

Albert
Longtemps je me suis couché de bonne heure. Mais maintenant que je suis à la retraite, c'est bien, je peux regarder les films en deuxième partie de soirée.

L'auteur
Clémentine Mélois est née en 1980. Auteur d’un recueil de pastiches de classiques de la littérature (Cent titres, Grasset 2014) et d’un traité de nihilisme pour la jeunesse (Jean-Loup fait des trucs, Les Fourmis rouges 2015). Elle est aussi l’une des « Papous » de France Culture.
(décidément, après Sophie Divry, je découvre...)

Encore!  Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe

vendredi 22 septembre 2017

Jusqu'à l'impensable

Jusqu'à l'impensable
The crossing
Mickael Connelly
Calmann Lévy, 2017
Traduit par robert Pépin

Harry Bosch, notre enquêteur californien préféré, s'est vu obligé de demander la retraite, il retape une vieille Harley, mais on sent que ça ne va pas lui suffire longtemps. Justement son demi-frère Mickey Haller, avocat de la défense travaillant dans une  Lincoln, s'affirme sûr que l'un de ses clients est innocent. Ce dernier, Da Quan Foster, ex-membre de gang rangé des mécaniques, est accusé d'un meurtre violent, et son ADN est retrouvé sur les lieux (y compris le corps de la victime). Haller demande l'aide de Bosch, pour qui passer du côté de la défense après toute une vie à s'acharner côté accusation est une trahison pure et simple. Il demande à réfléchir et accepte (sinon on aurait eu du mal à obtenir ce roman), considérant que si Foster est innocent, c'est qu'un misérable assassin est dans la nature, et ça, Bosch ne le supporte pas!

Bosch n'est plus en service officiellement, mais se débrouille tout de même; nous sommes aux Etats Unis, donc il a toujours une ou deux armes en sa possession. D'ex-collègues acceptent de l'aider 'sous le manteau', et finalement ne pas avoir de hiérarchie ou de collègues à gérer, ce n'est pas plus mal.

Voir Bosch éplucher un livre du crime (les pièces officielles) est un vrai bonheur, et il mettra la main sur un détail qui a son importance, détail qui fera tout basculer. Un bon opus, sans triche (le lecteur avance au même pas que Bosch)(et même un peu en avance puisqu'on suit deux flics ripoux en même temps); et sans fausse montée d'adrénaline, l'intellect et la réflexion du lecteur étant plus sollicités que ses nerfs. Redoutablement efficace et intelligent, moi ça me plait.

Les avis de

Double apostrophe, donc Challenge Lire sous la contrainte  chez Philippe




mercredi 20 septembre 2017

L'Embaumeur ou l'odieuse confession de Victor Renard

L'Embaumeur
ou l'odieuse confession de Victor Renard
Isabelle Duquesnoy
Editions de La Martinière, 2017




Fils de Johan Renard, joueur de serpent dans les cérémonies religieuses, et de Pâqueline Renard, confectionneuse de poupées, Victor Renard a connu une enfance difficile, battu par son père, injurié par sa mère. Comme sans doute bien des gamins nés en 1784. Doté d'un physique assez ingrat, il demeure un fils respectueux et obéissant, et accepte de devenir apprenti chez Monsieur Joulia, embaumeur de son état.

Présenté comme cela, l'on pressent le roman historique et/ou picaresque, ce qu'il est, et de belle façon, offrant une vision franchement parfois épouvantable du Paris de l'époque.

Question langue, la narration ne néglige pas les passés simples et le subjonctif, sans lourdeur, mêlés plaisamment avec des dialogues roboratifs, drus et imagés.

Confession, alors? Oui, notre héros, Victor Renard, est le narrateur, il s'adresse à ses accusateurs dans une tribunal, et l'on sent que son sort est scellé. Mais pourquoi? De quoi l'accuse-t-on? Comment ce type bêta, naïf, incapable de faire du mal à une mouche, s'est-il retrouve dans une geôle repoussante?

Vous le saurez en dévorant des pages parfois peu ragoûtantes sur l'art de l'embaumement et les profanations de tombes, et en découvrant les amours dudit Victor (bien sûr que je n'ai pas tout dit!), oscillant entre l'amusement et la stupeur.

Je découvre ce matin (le 21) le billet de Marie-Claude. Qui mènera vers une interview de l'auteur par books, moods and more, et le billet d'icelle,

Comme ce titre contient une apostrophe, et même deux, il participe au Challenge sous la contrainte tout nouveau chez Philippe

lundi 18 septembre 2017

Quand le diable sortit de la salle de bains

Quand le diable sortit de la salle de bains
Roman improvisé, interruptif et pas sérieux
Sophie Divry
Notabilia, Noir sur blanc, 2015


Mon intérêt pour les écrits de Sophie Divry va finir par se remarquer. Quatrième opus. Voici ce qu’elle en dit
"Chaque fois que je commence un livre, j'ai l'impression d'écrire le contraire du précédent. Mon premier texte, La cote 400, est un monologue de bibliothécaire déjantée; le deuxième, Journal d'un recommencement*, une promenade phénoménologique au cœur de l'Eglise catholique en ruines; le troisième, La condition pavillonnaire, retrace une existence parmi d'autres dans un pavillon individuel. Enfin, mon quatrième roman, (...), Chômage (titre provisoire), raconte d'une manière libre et humoristique les tribulations d’une chômeuse."
*Pas lu mais j'ai envie, miam!

Depuis, est paru Rouvrir le roman, et si j'ai bien compris, ces réflexions sur le roman ne sortent pas de nulle part. Dans Quand le diable sortit de la salle de bains, à feuilleter simplement, l'on découvre des mises en pages, des dessins, des caractères non alphabétiques, mille choses qui ont dû susciter pas mal de discussions entre l'auteur et les façonniers du bouquin, je le sens.
Voilà pour l'apparence.

Quant au contenu, ma foi, Sophie Divry ne se refuse pas grand chose. C'est sûr qu'après Tristram Shandy (cité dans Rouvrir le roman) on a les moyens de tout se permettre!

Les lecteurs épris de classicisme narratif peuvent très bien se passionner pour l'histoire de cette jeune femme dans la dèche, aux prises avec Pôle emploi, affamée réellement en attendant l'argent dû, testant des petits boulots, et retrouvant parfois la douceur du cocon familial.
Vivre quotidiennement dans la pauvreté est très bien analysé ("Quand on n'a pas d'argent, les limites ne vous lâchent jamais", ou par exemple l'arrivée de la facture d'eau)
Mention spéciale à Bertrande, la dame au grand coeur, charitable en laissant leur dignité aux personnes aidées. "De sorte que je la quittai allégée de la faim comme de la honte du quémandeur."

Mais souvent ça dérape dans le bien décalé comme j'aime.
Renoncer à se faire cuire des nouilles se nommerait le vespéropastoflemmage.
"Si je mollybloomise ce qui se disait mot à mot, cela donnerait"
La bouilloire et le grille-pain se livrent à un dialogue dans un français parfait lors d'un passage complètement barré ("reprit la baignoire en faisant claquer plusieurs fois son bouton on/off")
Plus des listes (longues parfois) de comparaisons, les hommes qu’elle n'aime pas, etc.
L'intervention d'un personnage désirant un passage chaud bouillant dans le roman (et l'auteur obtempère, écartez les enfants!)
La rencontre avec Bergounioux dans le train

Cela se sent, j'espère, le bonheur de lecture, l'enthousiasme?

Les avis de Le Bouquineur, Violette, Pr Platypus, Yv, kathel, cathulu, cuné,

vendredi 15 septembre 2017

Dans le désert

Dans le désert
Julien Blanc-Gras
Au diable vauvert, 2017


"Ecrire un livre de voyage, c'est une déclaration d'amour. On égratigne parfois, on ironise, on témoigne des saloperies ou des absurdités dont on est témoin, mais on vante surtout des charmes, on dissèque la beauté, on tente de transmettre des bouquets de sensations. On passe des mois dessus, c'est un signe d'engagement, une preuve d'affection. Si tu ne te donnes pas un minimum, petit Qatar, comment veux-tu me séduire? Tu es fermé à double tour. Montre-moi comment t'aimer. Notre histoire est partie du mauvais pied."
Map Data 2017 Google

C'est sûr, le Qatar résiste à notre voyageur. Petite consolation : il résiste aussi à ceux qui ont les bonnes cartes en main, comme ce diplomate français arabophone d'origine algérienne. Un pays moderne, riche, aseptisé j'en ai l'impression. Sa richesse provient surtout du pétrole et du gaz, richesse profitant à tous les Qataris. Pas d'impôts sur le revenu, transport, santé, éducation quasiment gratuits. Des crèches à l'université pour les enfants des étudiantes.
Le rêve? Pour les Qataris, qui en tout cas ne songent guère à se révolter. Les non Qataris n'ont pas intérêt à trop se montrer, quant aux ouvriers peu payés à construire les très très hauts immeubles, et au petit personnel dans les maisons, tant pis pour eux.
https://www.marhaba.qa/doha-film-festival-cast-call-for-qatari-actors/

Pour se changer les idées dans cette cité en noir (pour les femmes) et blanc (pour les hommes), l'auteur tente de se rendre à Bahrein, hélas peu journaliste-friendly. L'Arabie Saoudite? Même pas en rêve, ce pays ne délivre pas de visa touristique. Ce pays est à "la tête d’une commission du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, ce qui revient peu ou prou à confier la protection de l'enfance à Marc Dutroux."

"Doha est une expérience urbaine, une cité-champignon du far-east sans saloon" (hé oui, pas d'alcool)

Enfin, heureusement, l'horizon s'éclaircit un peu pour notre voyageur dans les Emirats Arabes Unis. "Il faut s'attacher à la part de lumière de l'autre car s'attarder sur l'ombre la fait grandir."

Si vous voulez en savoir un peu plus sur ces pays pas si lointains géographiquement, suivez le guide, il s'appelle Julien Blanc-Gras, garde confiance en l'homme et son sens d' l'humour en toute occasion, y compris quand une conductrice en hijab lui fait un doigt d'honneur...

Les avis de cathulu,