vendredi 23 juin 2017

L'invitation à la vie conjugale

L'invitation à la vie conjugale
Invitation to the Maried Life
Angela Huth
Quai voltaire, 1998
Traduit par Christine Armandet et Anne Bruneau



J'avais sur cet auteur un a priori plein de neutralité calme, genre c'est sympa sans plus. Mais, mois anglais, oblige, c'était le moment de tester. Alors?

Toby Farthingoe passe ses journées à créer des programmes dans son bureau en haut de sa vaste demeure, et ses nuits à guetter les blaireaux dans le jardin, ce qui laisse son épouse Frances esseulée. Il va falloir aussi qu’elle saisisse que Ralph, dont elle est éprise, ne l'aime plus depuis longtemps. Ralph, lui, est éperdument amoureux d'Ursula, qui avec Martin Knox forme un beau couple heureux. Les parents d'Ursula, Mary et Bill, mariés de puis des décennies, forment un couple attachant et soudé. Rachel et Thomas Arkwright , ne s'entendent plus trop, Thomas ayant des aventures de ci delà.
Tous ce monde (et bien d'autres), vont se retrouver quelques mois plus tard dans la propriété de Farthingoe pour une magnifique réception!

On peut avoir l'impression d'avoir déjà lu cent fois de telles histoires, mais croyez-moi, il y a la touche Angela Huth qui transforme tout. Quelle idée fabuleuse de donner à Rachel l'envie et la possibilité de dormir des heures dans sa chambre l'après-midi, son petit plaisir secret! (le bonheur) Ses personnages ne sont pas forcément aimables, mais elle les rend ainsi, avec leurs faiblesses, leurs remords. Mille petits détails montrent l'amour entre mari et femme (s'il est vivace) ou bien les petites étincelles vivotant encore, même s'il ne s'agit peut-être que d'affection sans passion aucune, juste être gentil. Il y a l'ironie de la vie, avec les rencontres ou les retrouvailles de tous, pas de méchanceté, et cela se lit avec un immense plaisir.

Les avis d'Antigone, sur Lecture Ecriture,

Dans le mois anglais chez Lou et Cryssilda

mercredi 21 juin 2017

Les exilés du Paradis

Les exilés du Paradis
Brigitte Adès
Portaparole, 2017



L'auteur est journaliste (pour faire court, et voir le site), et connaît bien les thèmes présents dans ce roman.

A 24 ans, Farhad, issu d'une famille iranienne aisée ayant dû s'exiler, termine de brillantes études aux Etats-Unis, pour lesquelles il mène des recherches en Iran et en Angleterre. En Iran et particulièrement à Téhéran et Ispahan, il renoue avec ses racines, ramenant un vieux manuscrit familial sur l'histoire de la secte des Assassins, dont les agissements peuvent rappeler celui des terroristes actuels. En Angleterre, il va retrouver Réza, son ami d'enfance, engagé par une fondation finançant discrètement des mouvements intégristes. Réza en est-il conscient?
Par ailleurs Farhad organise des groupes de réflexion pour les musulmans d'Angleterre ignorant le contenu du Coran, espérant que la connaissance sera le rempart des dérives.

Au travers du roman se dessinent les problèmes posés aux exilés ("désormais il avait le choix entre n'être jamais à l'aise nulle part ou s'efforcer d'être bien partout") et les réponses différents données aux communautarismes, en Angleterre et en France notamment. Des réflexions  tout à fait d'actualité, particulièrement au vu des événements récents en Angleterre.

Un roman utile donc pour prendre conscience des difficultés des immigrants en Angleterre (Pakistanais, etc.). La lutte de Farhad serait-elle réalisable en réalité? Existe-t-elle déjà? Je l'ignore, c'est peut-être une piste. Voilà pour le fond, très intéressant.

La forme romanesque est sans doute un bon moyen de présenter des idées, mais j'ai eu du mal à saisir Farhad, pour lequel tout se déroule trop bien et trop vite. Rencontres, rendez-vous, cela va vite, cela réussit. En peu de temps. Même les trois 'terroristes' pressentis abandonnent bien vite leur place.
L'objet livre lui-même est très soigné, avec les rabats, le papier crème et une jolie couverture évoquant la mythologie perse; c'est donc dommage qu'il y ait quelques imperfections, virgules un poil aléatoires parfois et un 'il se rongeait le sang' qui m'a étonnée.

"Le mot 'paradis' venait de 'pairidaeza', un ancien mot perse qui signifiait jardin."


lundi 19 juin 2017

Where Angels Fear to Tread

Where Angels Fear to Tread
Monteriano
E.M. Forster
Penguin Book 1976
Paru en 1905


Premier roman paru de Forster, Monteriano a en fait grillé la politesse à Vue sur l'Arno, commencé avant et laissé de côté (pour un temps). Pour ce mois anglais, j'ai replongé chez Forster, avec plaisir, et, cette fois encore, étonnement.

Bien sûr l'on retrouve l'Italie chère à l'auteur, et au moins trois des personnages tombent sous le charme du pays, charme puissant et agissant insidieusement, au point de les transformer. Philip a tellement vanté ce pays que sa belle-soeur Lilia, récemment veuve avec une petite fille, y est partie pour un court séjour, dûment chaperonnée par Miss Abbott (plus jeune qu'elle d'ailleurs, mais plus fiable).
Mais las! shoking! elle s'amourache d'un italien plus jeune qu’elle de douze ans, fils de dentiste, sans occupation bien définie...
Après quelques événements que je ne raconterai pas, l'on retrouve Philip, Miss Abbott et Harriett, soeur de Philip, chargés de régler à Monteriano quelques grosses conséquences du mariage Gino-Lilia. Ces italiens ne sont sûrement pas à la hauteur des anglais, n'est-ce-pas? D'où, action!

Quand Forster égratigne les anglais bien pensants et campés sur leur supériorité (comme Harriett qui résistera jusqu'au bout à l'influence délétère de l'Italie) c'est franchement amusant, mais l'affaire prend tout au long du roman un tour plus tragique pour se terminer par un extraordinaire dialogue entre Philippe et Miss Abbott (je l'imagine en ange, d'ailleurs), ces deux-là ne cessant d'être transformés par leur incursion en Italie.

Je recommande chaudement cette lecture épatante et inattendue, que j'espère n'avoir pas divulgâchée, et garde un souvenir réjoui du passage où les trois anglais assistent à une représentation pas franchement guindée de Lucia di Lamermoor.
Vue des tours de San Giminiano https://fr.wikipedia.org/wiki/San_Gimignano

Les avis de Dominique (oui, Dominique, il faut lire ce roman sans rien en savoir, pour écrire mon billet j'ai lu certaines présentations, et franchement, on se moque du lecteur en racontant absolument tout! La tienne est parfaite) et sur Lecture/Ecriture (celle de Mango aussi)

"Oh, the English! They are always thinking of tea."

vendredi 16 juin 2017

La longue terre / La longue guerre/ La longue Mars

La longue terre
The long earth
Terry Pratchett et Stephen Baxter
L'Atalante, 2013
Traduit par Mikael Cabon


Munissez-vous d'une pomme de terre et de différents composants électroniques, d'un commutateur et de parois, et vous obtenez un Passeur. Qui vous permettra de passer à l'est ou à l'ouest dans une infinité de terres parallèles.
Sinon, peut-être êtes-vous un passeur né, comme Josué et d'autres, qui d'ailleurs évitent de trop le dévoiler.
 Josué Valienté et Lobsang parcourent ces mondes dans un dirigeable, de plus en plus loin, de découvertes en découvertes.

Lobsang :
 " - Qui est Lobsang?
- Moi, répondit le distributeur de boissons."
Mais Lobsang était autrefois un réparateur de motocyclettes tibétain. Alors, humain ou Intelligence artificielle seulement?

 Josué:
"De ce fait, il est différent. Et sa différence fait de lui un Problème. C'est un désagrément qu'il est impossible d'oublier, même dans le bureau de soeur Agnès. Parce qu'au-dessus des images de Sacré Coeur et de Meat Loaf trône la statuette d'un homme crucifié pour avoir été un Problème."

L'on suit le long voyage de Josué et Lobsang (et de Shimi, le chat robot chargé de se débarrasser des souris sans leur nuire -ça j'ai adoré), en alternance avec celui d'un groupe de pionniers qui fondera la ville de Regain, en 2026, sur la Terre Ouest 101 754. Une version moderne de la conquête de l'ouest, quoi. Ils trouveront Sally, un coin un poil trop parfait nommé Belle-Escale, mais je ne vais pas tout dévoiler. Les 400 pages se lisent très agréablement, l'idée de départ est excellente et bien utilisée. On a même l'explication de l'existence de trolls et d'elfes surtout dans les siècles passés, le notre étant bien trop peuplé pour leur goût.

Sauf que :

Mais purée existe-t-il une lecture SF qui ne soit pas en série? En empruntant cette longue terre j'étais contente de 1) découvrir Pratchett 2 ) ajouter un titre pour le mois anglais et 3 ) échapper à la malédiction du truc en n volumes. Hé bien, au moment d'écrire mon billet, je m'aperçois que 4 volumes existent. D'un autre côté, cela explique la fin brutale et moyennement satisfaisante (certains diraient bâclée). Même si on ne reste pas sur un cliffhanger et qu'on peut aller dormir tranquille.

D'un autre côté on comprend mieux l'impression ressentie d'effleurer juste certains événements. Quid du père de Josué? De celui de Sally? De Belle Escale? Du village en ruines? De la possibilité de voyager dans l'espace? De l'étrange créature loin à l'ouest? Du danger ressenti par les Trolls? Du futur de Madison après la catastrophe? Des autres créatures rencontrées? Des mouvements anti Passeurs?
Les réponses devraient être apportées dans les tomes suivants...

noosfere en dévoile un peu et ça donne bien envie. Les 2 et 3 sont à la bibli, donc...

La longue guerre
Terry Pratchett et Stephen Baxter
L'Atalante, 2014
Traduit par Mikael Cabon


"Les trolls adoraient les fauteuils, surtout s'ils pivotaient."

Autant lire ce deuxième tome, donc. La longue guerre... Mais quelle guerre? On a bien un dirigeable se rendant sur les mondes où l'on n'aime pas trop les trolls, dirigeable dont le capitaine arrive à pacifier l'atmosphère, mais c'est bien tout.

Pourquoi les trolls fuient-ils et où? Pareil, on arrive à le savoir, mais là aussi ça tourne en eau de boudin, de plus la communication humains/trolls devenue possible n'est pas explorée.

Madison est détruite? On en construit une autre. Pas de nouvelles du frère d'Helen, non plus du dirigeant de Primeterre. Lobsang apparaît tardivement et peu, semblable à lui même.

En revanche, de même que dans le 1 on avait droit à un long  défilé de terres parallèles vers l'ouest, là, pareil, mais vers l'est. Et après on fait demi-tour.

Donc, à part une jolie imagination pour penser différents mondes, rien de bien intéressant.
Un peu d'action avec les beagles et les kobolds, vers la fin, et une bonne idée de faire exploser la caldeira de Yellowstone (événement qui d'ailleurs nous pend réellement au nez) mais sinon, tome très décevant.
Je sens que le 3 sera semblable...


La longue Mars
Terry Pratchett et Stepehen Baxter
L'Atalante, 2015
Traduit par Mikael Cabon


On retrouve Josué (sa femme et son fils sont sans doute revenus chez eux) et Paul, un jeune un peu différent qu'il connait depuis longtemps. Ce groupe dont Paul fait partie est-il une menace pour le monde?
Maggie repart vers l'ouest, à la recherche d'un dirigeable perdu, et un record de traversées (à 250 000 000 on s'arrête). De temps en temps, une Terre à découvrir.
Histoire de varier, Sally et son père se rendent sur Mars, et là, pareil, on va de Mars en Mars.

Un poil longuet et répétitif, un suspense assez moyen, en règle générale quand il y a une petite tension narrative, ça fait vite flop, on passe à autre chose. Des références SF sans doute que je n'ai pas toujours, en revanche des explications plus 'culture générale' dont je me passerais. Etais-je le public cible de ces bouquins?

Pour être positif : excellente description de l'explosion du Yellowstone et des conséquences planétaires, une discussion intéressante à la fin sur une décision vitale à prendre, et quelques trucs plus rigolos de ci de là
"C'en était trop pour Franck.
'Je n'y crois pas. Des dragons terrestres? Des crustacés baleiniers à bord de pirogues des sables? Et des menhirs, maintenant?' "

Les avis (plus positifs) de cafardsathome, ici aussi, et là,
noosfere permet de découvrir les quatre volumes (il semble qu'il y aurait un cinquième?)
Mois anglais chez lou et cryssilda
Donc, lecture pour le Mois anglais, et aussi le challenge "séries" chez Phil

mercredi 14 juin 2017

Les enfants d'Achille et de Nike

Les enfants d'Achille et de Nike
Éloge de la course à pied ordinaire
Martine Segalen
Métailié Traversées, 2017
Avec la collaboration de Claude Frère-Michelat



Autant l'avouer, je cours depuis des années (certains qui me lisent étaient tout p'tiots quand j'ai démarré), j'en ai usé des chaussures ... Pour le plaisir d'abord, les sensations après quelques kilomètres (c'est médicalement avéré, on est shooté) et la convivialité (parfois mais pas toujours, car trouver coureur à son rythme n'est pas toujours facile). J'ai couru à moins cinq degrés (une folie, ça piquait les rares centimètres carrés de peau non protégée), à plus de trente degrés, dans les parcs, les rues, les stades, pour terminer maintenant tranquillou sur un chemin de halage, plat et herbeux donc élastique (deux claquages, oui, j'ai compris). J'ai couru avec des compatriotes, une biélorusse, des africains. J'ai couru autour de la basilique de Yamoussoukro (plus original, j'aimerais savoir). J'ai participé à un semi marathon, à un dix kilomètres, à un cinq kilomètres, déjà arriver j'étais contente. J'ai repoussé mes limites en courant avec d'autres, j'ai progressé, puis l'âge venant je suis devenue un peu plus raisonnable. Je cours donc sur du plat, dans la nature, écoutant les oiseaux, guettant les hérons, parfois surprenant un écureuil, papotant avec un pêcheur ou un promeneur de chien, circulant au milieu des papillons voletant, bref le bonheur et pas la recherche de l'exploit.
Mais ça me prendrait bien de participer encore à des courses, hélas en général sur bitume et -horreur- dénivelés.

Autant dire que ce bouquin était fait pour moi!

Après un avant-propos daté de janvier 2017 où l'auteur remet un peu les pendules à l'heure, le texte lui-même date de 1994, ce qui a ou non son importance, au lecteur de voir. En tout cas, quand il s'agit d'étudier les courses 'ailleurs', dans le monde entier ou presque, puis passer de l'étude 'géographique' à celle 'historique', cela n'en a guère, et c'est instructif et intéressant.
Ensuite l'on plonge encore plus dans le vif du sujet, interrogeant les motivations des coureurs et le renouveau des courses. Courir mais où? En ville, principalement, car coureurs et spectateurs sont liés.
Pour arriver à la compétition reine, le marathon, et leur multiplication dans les grandes villes du monde entier. Avec parfois les dérives financières. Certains courent pour une cause. Les choses évoluent... Petites guéguerres entre la Fédération Française d'Athlétisme et les coureurs ordinaires.

Un tour complet du sujet. J'ignorais même qu'Achille était une marque de chaussures (Nike, oui, ça va, même si avec Niké déesse de la victoire, on reste dans le sujet quelque part
Bas-relief à Ephèse
Alors vous attendez quoi? (allez-y doucement au départ, mais sachez que vous ne pouvez que progresser!)